
Véronique Saint-Aubin Elfakir, Nom nomade, édition Unicité,
2019
» La langue est notre mirage, tournant autour de l’inaccessible objet pour écrire quelques paroles de sable et de vent… Elle trace ainsi, en son intensité furtive, les contours d’un manque qui donne forme à notre désir. De cette vraie vie toujours absente, reste la création, le mystère. Nous croyons saisir l’ineffable frontière mais elle est toujours ailleurs. (…) Que tout finisse seulement en évocation…comme si nous n’étions là que pour dire : prières, poèmes, mélopées, Kaddish… Le nom est notre seul guide pour éclairer ce qui nous déchire et nous éblouit : pétales, ailes, tendresse, séparation, présence, perte, quelques insignes de beauté au sein de la douleur. Ainsi, de la parole surviendra peut-être le chemin d’une métamorphose »
Avant-propos
« Le marcheur inscrit
Le malheur de la perte
Dans le fruit de la parole
D’où surgit parfois
La grâce d’une embellie
L’étranger témoigne
De seuil en seuil
De la présence du pas
Sur l’arrête du réel
Soulignant le symbole
D’un trait de désir
Le passeur transmet
La mémoire de l’été
Sur les tournesols
Couchants
Astres éteints
D’une germination
Éclatante
Transperçant la douleur »
« Attentifs à ce qui ne peut se dire
Déroulant des sourates de roses
Pour chaque mot fuyant
Traçant nos pas dans l’aride d’un réel
A ré-écrire d’un désir sans fin
Dire
L’heure bleue où tout s’apaise
Les sentiers de bruyère
Le souvenir de ce qui fut aimé
Nomme sans fin la présence
Dans la brûlure du pas
Nous sommes les croyants de la parole
Brandissant quelques bannières
Brodées de fleurs et de croissants de lune
Nous sommes les marcheurs de la langue
Estampillant la sensation de la plume d’un vocable
Nous sommes l’inespéré
Ce point de croisement entre joie et douleur
Sous la voûte étoilée d’un Babel de langues
A retrouver
Rien ne peut se nommer sans ailleurs… »


Jardin de mots, édition Unicité, 2022
Avec ce nouveau recueil, l’auteure nous parle de la parole poétique, du « langage ouvert au vent » où tout devient possible. La nature dans son dévoilement s’ouvre sur une expression à la fois abondante et resserrée qui exprime l’être dans son intime. Les mots tentent ici d’exprimer l’indicible qui est l’essentiel par renaître au monde. Peu à peu le lecteur éprouvera pleinement que c’est dans le ressenti que tout se dévoile, que prend forme le langage comme un chemin de connaissance vers soi.
Avant-propos de François Mocaër
« Des vacillements du monde
Surgit un poème tremblant
Suturant la faille des jours
Un chemin d’herbes folles
Tous ces clairs obscurs
De la route
Les heures essentielles
En transparence de phrases
Heurtées d’écume et de vent
Un bourgeon surgit soudain de la blancheur
de la page
Et tout recommence »
« Une seule et même phrase
Traverse le texte du monde
Portée par tant de voix
Un tapis de langues
Sous un bivouac de lune
Que dit-elle ?
Être, désirer, aimer, apprendre, passer…
Les mots d’une vie
Sur un désert de sable
Nous bâtissons
Un poème comme un pays
Où poser ses bagages
Une tente sous le ciel
Cette tente promise
Au sein du langage »


Instants d’être, éditions Ubik Art,2024
« La poésie capte d’un trait de lumière ce mystère de l’existence à travers le déploiement d’un langage rendu à sa dimension d’énigme. L’image donne à la présence ainsi dévoilée l’éclat d’une apparition »
« Sous la tonnelle de l’écriture
Passent des mots fugitifs
Transperçant l’été émeraude
Comme un puit de lumière
L’aura de la parole
Pour encercler le jour »
« Sur la terre aride
La semaison du poème
Effrite le réel
Sous l’olivier
Se déploie un langage
D’herbes et de senteurs
La matière est ce rivage
Où nos campons
A travers le tangage du vent. »

Dire cela, L’Harmattan, 2011
L’étranger
« J’en appelle à ton visage, étranger
De sel, de vent, d’ambre, d’espoir.
Jardin fermé,
Autres tu es
Autre, tu demeures
Fugitif étranger
Un instant capturé.
Ton regard incisif
Dénude ma solitude
L’exil inquiet de ma parole.
Toi,
Qui sans cesse te retournes et me détournes
Toi,
L’insaisissable,
Incessant voyageur de l’improbable,
Reste l’obscur,
L’inatteignable
Ne mets pas faim à ma faim,
Laisse ma soif ardente,
Dans le désert de l’attente.
Abîme secret d’un dévisagement,
Où d’une rencontre,
L’oasis s’envisage. »
Tournoiement
Le poème n’est pas la capture de l’être
Mais son tournoiement,
Vers l’autre toujours, derviche du passage.
Oiseau au corps ouvert,
L’éloignement est son attache,
L’étranger est son lieu.
Intime extériorité s’abreuvant
A la source du langage
Pour dire encor l’inespérées attente
Dans ‘encre exilée de nos mots
Jetés en appel,
Ces ombres de lumière
Qui forment
Le relief de nos vies.
Dédié au mystère ordinaire
Des jours,
Il est cette solitude native
Transmué en don
Où l’humain s’écrit,
En blessures d’espoir.
Sans visage, c’est une main tendue
A qui se reconnaît
Jusque dans la brisure.
Vision ouverte,
A la beauté d’un instant suspendu,
Dans l’entrebâillement
De ce qui nous fait grâce.
Sans fin, passer la parole,
En faire acte….
Laisser un commentaire